Je n'aurais pas pu échapper à ce virus. Il a inoculé la famille avant même mon premier cri. Présent dans la cuisine bien sûr mais surtout dans les vêtements, les meubles, les draps, mon univers fut composé de muscade, de paprika, d'origan et d'odeurs de cuisson qui s'incrustaient autant dans les rideaux que dans ma mémoire. Le virus des senteurs avait frappé tout comme l'étiquette que l'on me donnait, le fils du vendeur d'épices. Bien entendu c'est moins glamour que le fils du banquier, du premier ministre ou du Roi du Siam mais connaissant le parcours de mes parents, j'en ressentais une certaine fierté. Après tout, c'était plus original que le fils de l'assureur, du marchand de vêtement ou de l'employé du ministère des finances.
À la réflexion, entre les effluves d'épices à la maison, la voiture de mon père qui sentait l'usine agroalimentaire et ma mère qui cuisinait des plats pas toujours délicats mais toujours savoureux, j'avais peu de chances de finir médecin ou ingénieur.
Le gros avantage de l'enfant unique, c'est que basiquement il s'emmerde et n'a personne à emmerder. Outre le sport — le football auquel je voue toujours une passion dévorante — j'ai avalé des bouquins et des bouquins. C'était cela ou finir sous valium. Très tôt, je me suis plongé dans l'histoire, la géographie mais surtout les biographies de personnages célèbres dont trois qui m'ont permis d'avancer : Winston Churchill, seul contre tous dans l'œil du cyclone, fut d'un réconfort dans les moments compliqués (never, never, never give up) ; le Mahatma Gandhi pour sa sagesse au quotidien et sa gestion non violente des crises (Be the change you wish to see in the world) ; et Nelson Mandela pour son jusqu'au-boutisme et sa volonté de réhabiliter une justice ethnique dans son pays — Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j'apprends.
Never, never, never give up.
J'ai bien essayé de jouer les rebelles de destins en commençant des études de kiné, mais l'appel de l'entrepreneuriat — surtout dans l'alimentaire — a été plus fort que tout. Après dix ans passés aux côtés de technologues alimentaires, à me former et à (me) poser mille questions, j'ai lancé Food Ingredients Technologies (FIT) en 1998. FIT développe et produit des ingrédients fonctionnels et aromatiques pour l'industrie agroalimentaire.
Depuis, c'est un long voyage entrepreneurial, truffé de crises alimentaires, économiques et personnelles. La disparition de mon ami et associé Serge Hirchovitch a marqué mon parcours d'une pierre noire, mais aussi d'une promesse silencieuse : continuer à avancer, à innover et à défendre nos valeurs. Chaque difficulté a gravé un peu plus dans ma tête et dans mon cœur cette conviction que l'on peut faire bon, sûr et intelligent à la fois.
Je n'ai jamais été très scolaire, mais j'ai toujours eu une grande soif d'apprendre. J'avais promis à mes parents, qui n'avaient pas fait d'études, d'obtenir un diplôme en lien avec mon métier. J'ai tenu parole — après la cinquantaine. Ils ne sont plus là pour le voir, mais où qu'ils soient, je sais que j'ai honoré notre contrat moral, et je peux dire sans hésiter que ma meilleure université s'appelle FIT et l'école de la vie.
Il vaut mieux viser la perfection et la manquer que viser l'imperfection et l'atteindre.
Imprégné jusqu'à l'os de cette culture des ingrédients — poudres, enrobages, arômes — j'ai décidé de transmettre. Transmettre du savoir, partager des expériences de terrain, sensibiliser à des sujets parfois techniques, souvent brûlants, toujours concrets. Mon objectif est aussi de démystifier ces fameuses « poudres » : elles n'ont rien de magique, mais utilisées intelligemment, elles peuvent être au service d'une alimentation plus saine, plus naturelle et plus responsable, sans oublier les réalités techniques, économiques et sociales.
Si vous avez, vous aussi, des questions sur ce qu'il y a vraiment dans nos assiettes, si vous cherchez des solutions plutôt que des slogans, ou si vous aimez simplement parler nourriture avec passion et sans langue de bois, nous avons déjà un point commun. Mon seul but est de faire de ce site un lieu d'échanges, de dialogue et — si possible — d'apprentissage.